Entre cet ancrage et cette destination s’ouvre un territoire immense : celui de sa liberté créatrice.

L’engagement possède une réputation étonnamment étroite car on l’associe volontiers à l’effort, à la discipline, au devoir, à la constance.

Pourtant on célèbre la capacité du leader à tenir sa parole, à poursuivre sa route, à rester debout lorsque le vent tourne, mais est ce que tout cela n’appartient pas à l’engagement?

A mon sens, dans sa forme la plus haute, l’engagement est une exploration de la liberté, une liberté devenue consciente, structurée, orientée, une liberté qui connaît son origine, choisit son horizon et invente le passage entre les deux.

Le leader engagé avance entre un socle et un point de mire:

  • Le socle constitue son alpha.
  • Le point de mire dessine son oméga.

et entre les deux se déploie son œuvre.

L’alpha : l’endroit depuis lequel le leader agit

Tout engagement véritable commence par un socle.

Ce socle réunit les valeurs que le leader incarne, les principes qu’il honore, les responsabilités qu’il accepte et les vérités sur lesquelles il choisit de construire. Il lui donne une assise intérieure depuis laquelle décider, créer, arbitrer et conduire.

Un engagement puissant répond ainsi à une première question :

Depuis quel endroit en moi ai-je décidé d’agir ?

Depuis la fidélité à une vision ?

Depuis le désir de contribuer ?

Depuis la responsabilité envers une équipe, une entreprise, une communauté ?

Depuis une exigence de vérité, de justice, d’excellence ou de transmission ?

La réponse révèle la qualité du socle!

Lorsque cet alpha est clair, le leader cesse de dépendre entièrement des circonstances pour savoir qui il est:

-les événements continuent de bouger,

-les marchés évoluent

–les alliances changent

-les résultats fluctuent….

et son axe intérieur demeure disponible, cette stabilité ne le rend pas rigide, non elle le rend libre.

Il peut adapter sa stratégie sans perdre son identité, revoir son calendrier sans abandonner sa vision, modifier une décision tout en restant fidèle à ce qu’elle devait servir.

Voilà l’une des signatures du leadership mature : la forme évolue, le fond gouverne.

L’oméga : la réalité que le leader veut faire advenir

L’engagement a également besoin d’un point de mire:

-Une vision,

-Une transformation,

-Une œuvre,

-Une réalité future assez précise pour orienter les décisions et assez vaste pour mobiliser l’intelligence.

Cet oméga agit comme une étoile de navigation car il indique une direction plutôt qu’un trajet figé, il permet au leader de mesurer la pertinence de ses choix à partir d’une question essentielle :

Ce que je décide aujourd’hui sert-il le monde que je veux contribuer à faire émerger ?

Le point de mire élève l’engagement au-dessus de l’agitation.

Il transforme une succession de tâches en trajectoire.

Il transforme une ambition en contribution.

Il transforme l’autorité en responsabilité créatrice.

Un leader doté d’un point de mire clair distingue l’urgent du déterminant et concentre son énergie sur les décisions qui façonnent réellement l’avenir. Il offre également à celles et ceux qui l’entourent une compréhension plus profonde de leur action commune.

Les êtres humains donnent davantage lorsqu’ils perçoivent le sens de leur effort et déploient leur intelligence lorsque la destination leur parle. Ils s’engagent pleinement lorsqu’ils comprennent la part d’avenir qui dépend aussi d’eux.

Le leadership commence alors à rayonner au-delà de la personne du leader car la vision devient un espace collectif de mise en mouvement.

Entre l’alpha et l’oméga : le territoire de liberté

Le socle est choisi.

Le point de mire est posé.

Tout reste à inventer et l’engagement révèle sa puissance car il ouvre un champ de création.

Entre ce que je décide de servir et ce que je souhaite accomplir, plusieurs chemins deviennent possibles, plusieurs stratégies peuvent être éprouvées, plusieurs versions de l’avenir peuvent être mises au monde.

L’engagement offre un cadre à la liberté afin qu’elle puisse devenir féconde.

Une toile blanche permet tous les gestes, une œuvre commence lorsqu’un artiste choisit ce qu’il veut exprimer et la contrainte du cadre donne alors de la densité à chaque trait.

Le leadership suit le même mouvement:

-Le socle concentre l’énergie.

-Le point de mire l’oriente.

-La liberté lui donne une forme vivante.

Un leader engagé peut imaginer, expérimenter, ajuster, recommencer, écouter, trancher et créer car il possède une direction assez solide pour explorer plusieurs routes. Son engagement devient alors un laboratoire de présence et d’intelligence.

La liberté du leader réside moins dans l’absence de cadre que dans la maîtrise de l’espace situé à l’intérieur du cadre qu’il a consciemment choisi.

S’engager, c’est donner une forme à sa parole

La parole du leader porte une force particulière.:

-Elle crée des attentes.

-Elle rassemble des volontés.

-Elle engage du temps, de l’énergie, des ressources et parfois des existences entières. Son poids dépasse l’instant où elle est prononcée.

L’engagement donne un corps à cette parole:

-Une intention devient un choix.

-Un choix devient une décision.

-Une décision devient une série d’actes.

-Une série d’actes devient une réalité.

Le leader engagé construit ainsi une continuité entre ce qu’il perçoit, ce qu’il affirme, ce qu’il décide et ce qu’il accomplit et cette continuité crée la confiance car elle donne à son entourage le sentiment qu’une parole peut devenir un lieu fiable.

La cohérence du leader produit alors une forme souveraine de sécurité : chacun sait où se trouve l’axe, même lorsque le chemin évolue.

Cette sécurité libère les initiatives, permet aux équipes d’oser, de proposer, de prendre leur part et d’exprimer leurs talents. L’engagement d’un leader devient ainsi un multiplicateur de liberté pour les autres.

La constance vivante

La constance appartient à l’engagement et persévérer signifie continuer à servir la vision avec davantage de conscience.

La constance vivante sait changer de rythme, de méthode et parfois d’itinéraire, elle conserve le lien avec l’essentiel tout en intégrant ce que le réel enseigne.

Cette posture demande de la lucidité car certains chemins accomplissent leur fonction puis arrivent à leur terme, certaines stratégies révèlent leurs limites, certaines identités professionnelles deviennent trop étroites pour porter l’étape suivante.

Le leader engagé sait reconnaître ces passages:

-Il honore ce qui a été construit.

-Il recueille ce qui a été appris.

-Il choisit ensuite la forme capable de porter la suite.

Son engagement s’adresse à l’essentiel et cette fidélité profonde lui permet d’évoluer avec puissance.

La rigidité répète une forme. L’engagement protège une direction.

L’engagement comme expression de souveraineté

S’engager, c’est choisir la part de soi que l’on souhaite rendre agissante dans le monde.

Le leader affirme alors :

Voici ce que je reconnais comme essentiel.

Voici la responsabilité que j’accepte.

Voici la réalité que je veux contribuer à créer.

Voici l’énergie que je suis prêt à lui consacrer.

Cette déclaration possède une dimension profondément souveraine. Elle rassemble l’être autour d’un axe et place les compétences, l’intuition, l’expérience, la créativité et la volonté au service d’une même direction.

L’engagement réduit la dispersion et augmente la puissance:

-Il clarifie les choix.

-Il hiérarchise les priorités.

-Il révèle les alliances fécondes.

-Il transforme l’énergie disponible en force d’accomplissement.

La personne engagée devient alors identifiable car sa présence porte une direction, ses décisions racontent une vision et son leadership acquiert une signature.

Le leader devient le passage

Entre l’alpha et l’oméga, le leader rencontre toujours une part d’inconnu.

Plus qu’un plan, cette part d’inconnu lui demande une présence.

Il avance à partir de ce qu’il sait tout en restant disponible à ce qui cherche à émerger, il tient son cap et dialogue avec le réel et devient à la fois l’architecte, l’explorateur et le gardien de la trajectoire.

Son engagement agit comme une boussole intérieure.

Son socle lui rappelle d’où il part.

Son point de mire lui rappelle ce qu’il sert.

Sa liberté lui permet d’inventer la manière d’y parvenir.

Le leadership atteint ici sa dimension la plus féconde : conduire signifie créer les conditions d’un passage entre une intuition et une réalisation, entre une équipe et son potentiel, entre une époque qui s’achève et une forme nouvelle qui demande à naître.

Le leader engagé devient celui par qui l’avenir trouve un chemin vers le présent.

La liberté a besoin d’une direction digne d’elle

L’engagement offre à la liberté une destination et la liberté offre à l’engagement son intelligence, sa créativité et son souffle, l’un donne de la profondeur à l’autre.

Un leadership d’impact naît de cette alliance, s’enracine dans un socle clair, s’oriente vers un point de mire puissant et transforme chaque décision en espace de création.

L’alpha dit : voici depuis quel endroit je choisis d’agir.

L’oméga dit : voici ce que je veux contribuer à faire advenir.

Entre les deux, le leader écrit sa trajectoire et donne à sa liberté la forme d’une œuvre.

L’engagement commence lorsque la liberté rencontre une direction assez grande pour mériter toute sa puissance.

Madame de G — L’INTRAPRISE™