Voir la culpabilité autrement (1ère partie).
- Madame de G

- 6 mai 2025
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Depuis la faute originelle, la culture judeo chrétienne tient là un formidable levier pour cantonner les actes de l’humanité à une notion de bien ou de mal.
Elle peut donc être déclenchée par des normes sociales, être exacerbée par une culture, ou découler de nos actions, nos pensées, nos expériences précoces, les interactions familiales et sociales et comme le dit Albert Camus, « La culpabilité est souvent liée à notre éducation et nos croyances ».
Induite par une systémique héritée de l’enfance, elle nous place au-dessus d'un ravin de perte d’estime et de confiance en soi, à force d’avoir entendu des propos ou subi des mécanismes éducationnels délétères. Il est courant d’entendre en séance des personnes qui trainent de terribles culpabilités infantiles parce que les adultes, par exemple, face à des chagrins immenses ont reporté une faute sur leur enfant, le laissant grandir nourri par le poison qui prédéterminera bien des comportements.
Ex : rendre responsable une sœur ainée de la mort de son frère, en lui signifiant que c’est sa jalousie qui l’aura tuée, elle peut, par exemple, devenue femme adulte, par travestissement de sa personnalité en raison d’une culpabilité galopante, développer un masochisme poussé.
La culpabilité est aussi un moyen extraordinaire, pour les autres de nous maintenir sous leur joug, et là s’engage un combat pour malgré cela, continuer de mériter leur amour alors qu’ils jouissent de nous en faire sentir indignes, voir illégitimes à le mériter.
Ex, dans une fratrie, un enfant qui est clairement le préféré de la mère, se verra confronter à la jalousie d’un frère ou d’une sœur. En grandissant, il développera un fort sentiment de culpabilité d’avoir dépossédé les autres de l’amour de sa mère, alors que c’est du choix de cette dernière que ce déséquilibre résulte. Cela peut, adulte, générer, insidieusement, un sentiment de perpétuel danger dans les rapports affectifs, puisque être aimé deviendra source de culpabilité.
Alors il s’interdira de vivre le vrai amour, cherchant parfois même à se rabaisser pour mettre en valeur la fratrie afin de compenser l’attitude parentale. La culpabilité devient alors fantastique levier de manipulation pour ceux qui perçoivent la faiblesse et le besoin de rééquilibrer quelque chose chez l’autre…
Elle peut aussi engendrer un mal être perpétuel, dont on ignore l’origine mais qui nous colle aux pieds comme une ombre. Cela génère une anxiété qui ancre ce malaise comme boussole, qui crée un sentiment de solitude exigeante.
Depuis le fond de cette grotte de repli elle emmène parfois jusqu’à l’imposture qui déroule en guise de tapis rouge, ses idées de honte, son pessisme, ses peurs pouvant conduire à la dépression et même aux idées suicidaires…
C’est un mécanisme si pervers que l’on constate le conflit interne chez certains entre la volonté de s’en libérer et le besoin trouble de l’alimenter nourri par un ego qui prend la part belle sur un discernement intérieur en berne.
L’auto culpabilisation crée un mécanisme qui ressasse et repasse une situation qui ne pourra être corrigée, coinçant notre esprit à un étage de l’égo qui semble sans issue. Dès lors, nous agissons en réaction à ce prisme, enfermés dans le conditionnement qu’il génère.
Elle est un tel levier de mal-être qu’elle est un des plus grands vecteurs de consommation de substances pseudo libératrices empirant le mécanisme dès lors qu’une fois leur effet estompé, elle revienne plus forte encore comme un parasite donc aucune piqure ne puisse venir à bout.
La culpabilité n’est pourtant rien d’autre qu’un jugement de soi à soi, nous retirant la garde raisonnée de nous-même.
Elle devient notre tuteur et a droit de citer sur tous les domaines de nos vies. Sa subjectivité lui donne une force particulière au cœur de notre conscience individuelle.
Prison crée depuis soi, avec pour gardiens assermentés le mental et l’ego, elle nous interdit consciemment et / ou inconsciemment tout épanouissement personnel et avec les autres.
La culpabilité devient alors toxique, « un sentiment paralysant » ( Marcel Proust) dont les stratégies nous dominent, nous ôtant le pouvoir d’exercer un libre arbitre intérieur constructif.
Pourtant au pénal, chacun est innocent jusqu’à preuve du contraire, même en droit la culpabilité de principe n’existe pas. Alors pourquoi se condamner soi même de la sorte en créant cette prison, sans barreaux, dont on a la clé ?
A suivre
Madame de G




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